Affichage des articles dont le libellé est Cinéma. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Cinéma. Afficher tous les articles

dimanche 18 septembre 2011

(Présumé Coupable) (Vincent Garang)

Présumé Coupable est l'un de ces horribles films qui touchent au plus profond de soi, directement aux tripes. Retraçant l'histoire d'Alain Marécaux, l'un des 13 d'Outreau, l'huissier qui avait entamé une grève de la faim, il nous plonge dans l'univers carcéral et dans tous ses à côtés.

L'histoire tout le monde la connaît. Ces enfants et leurs parents qui accusent de viol treize personnes (en fait, plus d'une cinquantaine, mais seules les accusations contre ces treize là resteront tangibles) qu'on envoie en détention préventive, durant trois longues années, dont on place les enfants dans des familles d'accueil (leurs véritables familles pouvant les influencer en faveur de leurs parents), et que les médias surexposent.

Le film est humainement parfaitement juste. Philippe Torreton offre une interprétation absolument extraordinaire. Il est Alain Marécaux, tâche d'autant moins aisée que ce petit huissier au crâne rasé est presque quelqu'un qu'on connaît, tant il a été l'un des emblèmes des prévenus d'Outreau. Sa transformation physique, effrayante, digne de celle de Tom Hanks pour Philadelphia (une perte de plus de 20 kilos), entraîne d'autant plus le spectateur dans la spirale infernale de la dépression, de l'incompréhension, du suicide.


Qu'il est gênant de voir cet homme enfermé entre quatre murs, et enfermé en lui-même, presque comme une personne psychiatriquement malade, parce qu'on refuse de l'écouter, comme si sa réalité à lui n'était pas la réalité des autres. Ses quatre tentatives de suicide, qui semblent (selon l'orientation du film, elle-même fondée sur le récit d'Alain Marécaux) plus révéler une vraie volonté de mourir qu'un appel au secours, n'alertent pas les autorités carcérales ou judiciaires. L'homme n'est pas encore jugé coupable. Il est en détention préventive, une mesure censée être exceptionnelle et justifiée par la nécessité d'isoler le prévenu pour le bienfait de l'enquête. Quand la prison et l'opprobre publique deviennent un tel supplice pour une personne qui est toujours réputée innocente, ne devrait-on pas lui laisser une chance au dehors, quitte à "délocaliser" la personne des lieux de l'enquête ? Ou à la placer, comme il fût fait quelques semaines avant que le juge ne redemande le placement en prison, dans une institution médicalisée ?

On devient Alain Marécaux. On prend sa douleur, son enfermement, l'incompréhension qu'on lui oppose, et cet énorme sentiment d'injustice (renforcé par le vrai éclatement du fond de l'affaire que nous connaissons tous). Les personnages secondaires eux aussi offrent un moment de vérité. Sa soeur et son père apparaissent très peu, mais leurs 10 minutes de jeu mises bout à bout sont autant de moments de vérité. Le décès de la mère offre au film une nouvelle occasion de montrer ses traits de justesse... Mon expérience personnelle du deuil m'offre un nouvel oeil sur les scènes de film qui l'abordent: les justes, et les moins justes (qu'elles ressemblent ou non à mon propre vécu... c'est juste qu'elles offrent ce petit quelque chose qui dit "je te comprends, je vis ce que tu vis"). Et définitivement, celle-ci fait partie des plus justes que j'aie vues.

Il est bien agréable de voir un film qui ne dépeigne pas l'univers carcéral selon le nouveau stéréotype façon Animal Factory. Alain Marécaux y est entré huissier (et les professions juridiques, notamment celles malaimées comme la sienne, y sont mal vues) et "violeur d'enfant", ce que son avocat lui a bien rappelé de cacher. Le film montre la saleté de la prison, l'inconvénient de vivre à 6 dans une cellule miteuse et minuscule, sans intimité, sans possibilité de se reposer. Mais pas de scène façon Un Prophète, juste l'horreur de la prison dans "sa normalité".

En filigrane (mais un filigrane intense), le problème typiquement bureaucrate du placement des enfants, qui sont des humains. D'ailleurs, une petite envolée lyrique (la seule) de Torreton, lors d'un jugement sur la garde des enfants, aborde ce problème de l'humain oublié par le bureau. Les enfants Marécaux, que l'on place dans des familles d'accueil, alors qu'ils ont besoin d'amour et de compréhension, qui plongent: drogue, fugues, TS, déscolarisation... illustrent ce problème bien connu, mais duquel on parle peu : le sort des enfants de ceux qu'on envoie en prison.

Petit bémol: le juge Burgaud. L'acteur lui ressemble trait pour trait. Il est presque relégué au second rôle. Il ressort arrogant et inhumain. Complètement. Cela parait presque manichéen. Pas de tentative de  justifier ses non-excuses par son propre déni (coupable) ou la peur d'être radié de la magistrature. Juste la description d'un homme qui a condamné à l'avance (ce qui est manifestement vrai) et ne s'en mord absolument pas les doigts. C'était peut-être le cas, je n'ai aucun moyen de le déterminer. Mais cela donne aux esprits critiques l'occasion de penser que le film manque un tout petit peu d'objectivité, ce qui est dommage au milieu de toute cette justesse.

dimanche 26 juin 2011

Le Chat du Rabbin

Le chat du Rabbin - le film - est une bien jolie surprise. Avant toute chose, j'ai compris d'où le réalisateur de "Gainsbourg, vie héroïque" a sorti la tête de son Gainsbarre. En effet, Johann Sfar, le réalisateur du film sur Gainsbourg est également le dessinateur de la BD (en cinq tomes) Le Chat du Rabbin. Le Gainsbarre qui hante Gainsbourg dans le film ressemble étrangement au chat.

Le synopsis est simple: le chat d'un rabbin, dans l'Alger du XXème siècle, narrateur de l'histoire, est doté de la parole, et entreprend avec son maître, et d'autres personnages colorés, un périple vers Jérusalem.

Le dessin est très original. La courbe ronde, la douceur de la couleur, ouvrent un monde de délices, gourmand, et généreux: une sorte de temple du "bien-vivre".

Il faut souligner l'excellente bande-originale (hormis la chanson de clôture d'Enrico Macias, qui, à mon sens, vient la gâcher, par toute sa caricaturalité), toute en musiques orientales, qui invite au voyage, et fait pénétrer au coeur d'un monde entièrement construit par Sfar auquel on veut croire.

Ce monde "donne envie", malgré toutes les "mochetés de la vie" que Sfar ne cache pas. En effet, dans cette Alger coloniale où les cafés ne servent "ni les Juifs, ni les Arabes" mais où ces derniers, également rejetés, se rejettent mutuellement, tout n'est pas rose. La bureaucratie française en prend pour son grade, tout comme le fanatisme religieux. Et pourtant, le monde du chat et du rabbin n'inspire que du bonheur et de la joie. L'espoir flotte partout. On ressort du cinéma heureux.

Il convient de noter l'excellence des personnages, et de leurs dialogues. Le chat, au centre, est incroyable, tant il se partage entre un cynisme malin, et une innocence délicieuse. Le rabbin et son cousin l'imam (rien que cette parenté est belle), en vieux monsieurs pleins d'amour sont attachants... et autour d'eux, tous apportent un petit quelque chose de plus, qui rend le film gai et haut en couleurs.

Mais surtout, derrière le dessin animé, derrière l'histoire "mignonnette" et les personnages attachants, se cachent (à peine) toute une série de réflexions profondes.


Sur la religion d'abord. Le chat, lui, est athée. Le rabbin, évidemment, non. Son cousin, musulman, ne croit pas aux mêmes choses que lui, mais se sent lié à lui parce qu'eux croient en quelque chose de commun: Dieu. S'en suivent différentes questions, sur la relation entre les religions, sur la façon de les prendre, sur la nécessité de les croire à la lettre ou de croire en leur fonction étiologique. Aucune réponse n'est réellement apportée. Mais un compromis de toutes ces opinions se forme et mène à un seul résultat: celui de la solidarité entre les hommes.

L'autre réflexion importante porte sur le langage. En effet, le film débute avec la prise du langage par le chat. Puis, ce dernier ne peut plus parler, jusqu'à ce qu'il rencontre le peintre russe, qui sera alors le seul à l'entendre. Enfin, lorsqu'il manque de mourir, il retrouve à nouveau la parole. Il expliquera son soudain silence par la non-écoute de ses maîtres. On ne sait donc pas s'il a réellement parlé, ou si seulement, la communication pour Sfar outrepasse le langage et relève plutôt de l'observation (et d'un échange qui lui est consécutif). Il y a d'ailleurs un passage très intéressant. Le chat raconte qu'avant de parler, il rêvait qu'il courait derrière des papillons, ou qu'il était pourchassé par des animaux plus gros que lui. Or, depuis qu'il parle, il rêve que sa maîtresse meurt, et que son père, le rabbin, sombre dans la dépression. De la part d'un auteur professeur de philosophie, cette anecdote n'est pas anodine, et ouvre à la réflexion sur notre relation avec la mort. Outre qu'elle est culturelle, elle serait donc inhérente à nos sociétés de communication orale. Il est impossible de déterminer ce que Sfar en pense réellement, mais cela invite à réfléchir à ce sujet.

Le Chat du Rabbin est un film plein de sens, qu'il faut sans doute visionner à plusieurs reprises pour en saisir l'étendue de la réflexion. Il sera également bienvenu de lire les 5 tomes de la BD.

lundi 20 juin 2011

Beginners (de Mike Mills)

Beginners est un joli film. Avec une certaine indolence, et une image résolument rétro. Dès le début, le film est situé en 2003. Pour autant, tant les décors, que le grain de l'image, ou la voiture du héros, Ewan McGregor, une vieille Mercedes des années 80 (alors que son personnage ne manque vraisemblablement pas d'argent) participent de cette ambiance surannée, et mélancolique.

C'est un film qui joue avec l'image. Un jeu un peu simple, un peu attendu. Des successions d'images présentes "par association d'idées" à la façon d'Amélie Poulain. Pour autant, malgré la facilité de l'idée, on se laisse prendre, et cela contribue à une atmosphère générale au charme désuet.

Beginners aborde plusieurs thèmes, filés. Le deuil, la maladie, l'arrivée d'une tierce personne dans le processus de deuil, et l'homosexualité. Le synopsis est plutôt simple: Oliver (Ewan McGregor) voit son père de 75 ans lui avouer son homosexualité au décès de sa mère. Le vieil homme lui confie se savoir gay depuis toujours, et avoir "essayé de se guérir" au début. Il décide donc d'assumer sa sexualité, malgré son âge avancé, et rencontre Andy (Goran Visjnic, ancien acteur d'Urgences), plus jeune que lui, et très différent du milieu intellectuel qu'a toujours fréquenté cet ancien directeur de musée. Au décès de son père, Olivier se retranche sur lui-même. Il rencontre alors Anna (Mélanie Laurent), une actrice française. Cette dernière ne sait pas comment se placer par rapport à lui. Elle dira d'ailleurs qu'elle ne sait pas si elle peut combler le vide laissé par le père d'Olivier.

Le film s'ouvre sur Oliver rangeant les affaires de son père que l'on sait décédé. Il repart cinq ans auparavant, par flashback, lorsque ce dernier lui annonce son homosexualité. Dès lors, le film ne fait qu'aller entre trois époques: 2003, où Oliver rencontre Anna, la période 1998-2003 où son père est malade, et l'enfance d'Oliver.

Le film aborde pudiquement l'homophobie du XXème siècle, et la peur de ces nombreux hommes de s'y confronter, et donc de s'assumer. Il n'y a aucune dénonciation violente, aucune critique. Juste cette pointe d'amertume, vécue à travers le père d'Oliver qui se reproche sa lâcheté. C'est une façon très douce d'aborder un sujet d'ordinaire traité avec le feu de la dénonciation. Pour autant, ça ne lui en fait pas perdre de son efficacité.

On vit avec le père d'Oliver le combat contre la mort, la volonté effrénée de la nier, et de la repousser. S'il vit de façon plus intense parce qu'il sait que les jours lui sont comptés, il refuse de voir la mort à terme. Cela semble dire (mais chacun projette son vécu) que la mort annoncée n'y prépare pas plus que la mort brutale. Elle laisse tout au plus le temps d'ajuster son comportement. Mais cela soulève quelques questions: est-ce une bonne chose? Cela permet-il de rester soi, vrai, et de partir comme on était plutôt que comme l'on voudrait être?

Mais le thème principal du film reste le deuil, en l'occurrence, celui d'Oliver. C'est lui qui ouvre le film, et qui le clôt. Là aussi, il est filmé avec beaucoup de pudeur. Il laisse en bouche l'amertume de la solitude, ce sentiment presqu'évanescent, léger, subtil, et surtout, permanent. Il illustre le désoeuvrement dans lequel plonge le deuil.

Or, l'arrivée d'Anna (Mélanie Laurent) dans le film, et dans le deuil d'Oliver est un tournant. Au début, c'est une bouffée d'air. Un élément nouveau. Très vite, les deux personnages s'attachent l'un à l'autre. Leur relation, faite de pitreries, est d'ailleurs très touchante, et lumineuse. Mais c'est là que vient la question d'Anna: puis-je compenser le vide laissé par ce deuil?

La situation est compliquée pour les deux. Pour l'endeuillé qui ne parvient à s'extirper de son deuil, et n'ose pas d'ailleurs le faire. Mais aussi pour "le tiers", impuissant, qui peine à trouver sa place.

Ce sera d'ailleurs la cause de la rupture des deux héros.

Jusqu'à ce qu'Oliver fasse enfin son deuil. C'est symbolisé par l'arrivée du flash-back au décès de son père. En effet, le retracement de l'acceptation de sa maladie par le père est parallèle au propre processus de deuil du fils. C'est alors que la place pour Anna se libère vraiment.

Beginners est réellement un joli film. Tout en charme et en pudeur, avec une délicatesse de l'image, des voix, de la musique, qui se perd dans le cinéma et dans la vie.

jeudi 24 février 2011

(Nixon) (Oliver Stone)

Eté 1974. 


La vie politique américaine est en plein séisme. En effet, suite à la découverte du cambriolage du Watergate, QG du parti opposant, par des hommes de main de Richard Nixon, président des Etats-Unis aux moments des faits, et réelu à leur suite, l'Amérique entière, toujours marquée par l'assassinat de Kennedy, s'ébranle. La guerre du Vietnam, qui fait rage et jamais ne s'achève, sans victoire, sans défaite totale, commence à lasser Outre-Atlantique. La classe estudientine se fait d'ailleurs la voix de ce mouvement pacifiste auquel se greffe le milieu hippie. Richard Nixon est sommé de démissionner par la Commission d'enquête, qui d'un moment à l'autre le "renverra". Il refuse à plusieurs reprises, malgré la colère des citoyens.

Richard Nixon avait pourtant tout pour être l'emblème de l'American Dream. Fils d'un fermier pauvre et d'une mère très croyante, ce qu'il ne se lasse pas de répéter dans ses discours électoraux, il parvient à suivre des études de droit dans une petite université, et devient un avocat apprécié.
Cependant, il se lance dans le politique. Aux côtés de MacCarthy, dont il représente le courant apparemment plus modéré, il tente de dénoncer quelques scandales à l'heure où la peur du communiste envahit l'opinion publique. 


Oliver Stone envisage d'ailleurs à demi-mots sa participation à des actions répressives illégales lors de l'épisode de la Baie des Cochons.


MacCarthy tombe, et Nixon perd sa place dorée dans le monde politique. Il se présente aux élections contre Kennedy, qui le dépasse de peu de voix au prorata. Là encore, il sombre dans l'oubli. Il revient à la fin des années 60, après la mort du frère de Kennedy, et cette fois, il est élu. La guerre du Vietnam est engagée, Nixon ne l'arrête pas. Il rend visite à Mao en Chine, acte hautement symbolique vers la trêve de la guerre froide. Puis le président de l'URSS est invité à Washington. Nixon s'implique, et est l'auteur de bonnes choses. Le scandale du Watergate, qui éclate lors de son deuxième mandat, dénoncé par deux journalistes Bernstein et Woodward du Washington Post, s'appuyant sur les révélations d'un certain "Gorge Profonde", annonce sa fin. Ses membres de cabinet démissionnent. Un grand procès télévisé oblige tous ceux qui auraient approché le président à parler. Certains mentent, mais d'autres avouent. Nixon, lui, réfute.


Oliver Stone a choisi de retracer le parcours de Nixon en s'axant sur les morts qui ont "permis" son ascension au pouvoir. Celles de ses frères, permettant à ses parents de payer ses études, celles des deux Kennedy. Le film est aussi axé sur la vision très Shakespearienne de la spirale de folie dans laquelle tombe Nixon. Ambitieux, jusqu'à en oublier les règles. Menteur, jusqu'à en oublier la vérité. Le Nixon de Stone ressemble beaucoup à un Macbeth moderne, homme intègre qui s'enferme dans une spirale sans fin et sans remords. Le leitmotiv de l'insomnie est ici aussi récurent. Les dernières minutes de Nixon dans le film, où il apparait comme miné par sa propre folie contrastent avec l'annonce publique, sobre, froide, de sa démission, le 9 Aout 1974. Mais surtout, Stone décide d'appuyer le rôle symbolique de pantin des présidents qui n'ont aucune réelle assise, dirigés sans en être conscients par la mafia, les riches influents, qui dépendent de la situation politique et n'hésitent pas à se la créer propice à leurs affaires. On notera par ailleurs le parti pris du réalisateur qui envisage que Kennedy ait été tué sur les ordres des milliardaires de Sud à qui aurait plus profité l'ascension de Nixon. De même qu'il sous-entend aussi certaines malhonnêtetés commises par Kennedy. On peut donc faire tomber un président, mais pas le Système. Pourtant, le Système gouverne le monde, et prend pour visage un président. Pour visage, mais aussi pour bouclier.


Stone dans son film, avance qu'Henry Kissinger, membre du cabinet de Nixon, aurait été Gorge Profonde. 



La vérité n'a éclatée que début 2006. En réalité, Mark Felt, numéro 2 du FBI de l'époque, a dénoncé les écoute téléphoniques du Watergate aux journalistes du Washington Post.

Nixon, accusé de trahison, fut gracié par le président Ford.